Déclaration générale – Vote solennel sur la loi d’urgence agricole

Deux insecticides interdits en France qui reviennent par dérogation.

Le doublement du stockage de l’eau d’ici 2035.

On m’explique que c’est la réponse à la colère de l’hiver dernier. Moi, cet hiver, je n’ai entendu personne réclamer de l’acétamipride sur les marchés ni dans les cours de ferme. J’ai entendu des collègues qui vendent à perte. Des cédants qui ne trouvent pas de repreneurs parce que leur ferme ne fait plus vivre.

C’est le témoignage d’un agriculteur, entendu hier.

“Une grande loi de réconciliation”. 

C’est ainsi, Madame la Ministre, que vous avez osé appeler cette loi d’urgence agricole. 

“Une grande loi de réconciliation”. 

J’ai été de celle qui aurait pu y croire, Madame la Ministre. Depuis quatre ans que je suis ici, je vous ai vu courir derrière les crises, ne comprenant pas pourquoi vous les attisiez cependant chaque fois avec vos lois. J’ai voulu croire que vous essayiez, sincèrement, de sauver notre capacité à produire et nourrir, j’ai cru que vous défendiez la souveraineté alimentaire, l’installation agricole, l’adaptation face aux changements climatiques. J’ai voulu croire, peut-être un peu naïvement, que chacun essaie de faire de son mieux là où il est, c’est ce que j’essaie de faire, c’est ce que les agriculteurs de ce pays essaient de faire. 

J’ai vu vos gesticulations, à toutes et tous. 

A vous offusquer de la concurrence déloyale et de ses impacts sur l’élevage français, tout en signant à tour de bras des accords de libre-échange ; 

Je vous ai vu pleurer l’effondrement du nombre d’agriculteurs dans nos campagnes, tout en faisant tout pour que la loi du chacun pour soi, de l’accaparement, de l’agrandissement, prenne le pas sur celui de la coopération ; 

Je vous ai vus dépassés face à l’hécatombe du nombre d’animaux d’élevage morts durant les canicules, et je vous ai vus impréparés face à la multiplication des incendies – merci d’ailleurs aux agriculteurs d’avoir été là, d’être toujours là, malgré vous.

Je vous ai vus remettre la faute sur le comportement des consommateurs ;  

Je vous ai entendu dire la priorité que vous mettez au revenu agricole, sans jamais, jamais, poser la moindre régulation des négociations commerciales ; 

Je vous ai vu vous poser en garants de la souveraineté agricole, tout en finançant avec notre argent 145 millions pour des engrais azotés russes la semaine passée.

380 000. C’est peu ou prou ce qu’il reste d’agriculteurs après des années de libéralisation à marche forcée, de chocs climatiques, de pression sur les prix, d’isolement. 4 fois moins qu’il y a 50 ans. 

“Une grande loi de réconciliation”. 

En toute transparence pour nos concitoyens, rappelons ce qu’elle contient : 

  • Suppression de la hiérarchie des usages de l’eau, plaçant au même niveau les activités économiques et la protection de la biodiversité, contre les recommandations des scientifiques
  • Doublement des capacités de stockage, quitte à pomper dans les nappes, en supprimant les objectifs de sobriété, contre les recommandations des scientifiques
  • Non prise en compte des pollutions historiques dans la préservation des captages d’eau potables, contre les recommandations des scientifiques
  • Facilitation des tirs sur les loups sans rien sur les mesures de protection, contre les recommandations des scientifiques
  • Et pour finir, réintroduction des insecticides tueurs d’abeilles, contre les recommandations des scientifiques.
  1. C’est le nombre de sociétés savantes qui s’opposent à ce texte de loi et qui rappellent les dangers des néonicotinoïdes.

Contre les recommandations des scientifiques donc, à chaque fois. Contre les médecins. Mais aussi contre les élus locaux, les opérateurs publics des services d’eau, les organisations de défense de l’environnement et des consommateurs, et même nombre d’agriculteurs, qui ont tous appelé à la suppression des dispositions sur l’eau contenues dans le projet de loi.

L’agriculture contre tous : en voilà un joli projet de réconciliation. 

Ce que je vois, dans la Drôme et ailleurs, ce sont des élus qui déplacent des montagnes pour l’approvisionnement local et bio de leur cantine scolaire, ce sont des agriculteurs qui se diversifient, qui veulent vivre en paix avec les habitants de leur commune, des familles qui veulent vivre dignes. Car oui, le tous contre tous il se vit aussi dans nos campagnes. Dans cette défiance que vous bâtissez loi après loi entre nos concitoyens et nos agriculteurs. Nous on habite ensemble dans nos villages et tout ce que vous voulez c’est nous fracturer. Vous n’y parviendrez pas. 

Les agriculteurs nous demandent d’assurer leur autonomie, de leur garantir des prix rémunérateurs, d’anticiper avec eux les effets du changement climatique. De ne pas être performants toujours dans la réduction de leurs prix : d’être robustes pour affronter avec fierté et confiance l’avenir.

Alors ici, je veux remercier celles et ceux qui se battent pour un autre destin que la revente par pièces de notre agriculture à des financiers. Je veux remercier les agriculteurs et agricultrices qui s’installent malgré tout, qui ne veulent pas de vos modèles importés d’ailleurs, qui veulent juste vivre de leur travail. 

En leur nom, nous avions pu inscrire l’interdiction de l’importation de produits agricoles cultivés avec des substances interdites en France pour des raisons sanitaires ou environnementales, l’objectif de 100% de viandes françaises servies dans la restauration collective. Nous avions adopté une mesure garantissant que les prix ne puissent être inférieurs aux coûts de production. Voilà trois mesures qui répondaient concrètement aux urgences agricoles. Voilà trois mesures que vous avez supprimé au sénat et en CMP. 

2 millions. 

C’est le nombre de citoyens qui ont demandé à ce qu’on prenne en compte leur santé et l’avis des scientifiques, dans les décisions qui se prenaient ici. Qui demandent à ce que l’on fasse de notre mieux. En leur nom, soyez sûrs que dans votre grande entreprise de saccage du monde, que vous menez main dans la main avec l’extrême droite, vous nous trouverez toujours sur le chemin. 

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