Mardi dernier, le Premier ministre Sébastien Lecornu prononçait son discours de politique générale devant l’Assemblée Nationale, sans pour autant demander de vote de confiance, comme il se fait dans toutes les démocraties fonctionnelles. J’insiste sur ce point, mais dans un moment politique où se pose la question du blocage institutionnel, le Gouvernement doit à mon sens émaner non plus de la volonté du seul chef de l’Etat, mais de la représentation nationale toute entière, afin d’assurer le soutien d’une majorité de la population à tel ou tel Assemblée ne soit pas une pratique commune.
J’en reviens au discours de politique générale : où il a promis une « rupture » difficilement palpable. En réalité, il n’a rien annoncé. Sur l’écologie, les inégalités, les transports, le logement, l’aménagement du territoire, l’agriculture, l’égalité entre les femmes et les hommes : il a certes, prononcé ces mots, mais il n’en a n’a rien dit des priorités, des budgets alloués, de l’orientation de sa politique. Un mois après sa première nomination, nous ne savons rien de ce que ce Premier Ministre fera.
Ce que nous connaissons, c’est la couleur de son Gouvernement: y siègent 12 ministres macronistes, 6 ministres LR. Une équipe de continuité, façonnée à l’Élysée, annoncée un dimanche soir à 22h, au mépris du rôle et de la liberté supposée du Premier Ministre.
Ce que nous savons, c’est la continuité du mépris pour nos territoires et ceux qui y vivent, avec Michel Fournier, nommé ministre délégué chargé de la Ruralité, qui a appris sa nomination devant son poste de télévision, dimanche soir dernier. Voilà l’importance que ce gouvernement accorde à la voix de nos campagnes et à la réduction de la fracture territoriale.
Ce que nous entendons, ce sont les silences qui entourent l’annonce de la suspension de la réforme des retraites, sans savoir si elle sera reportée, amendée ou réellement annulée. Ce que nous comprenons, derrière les “nouvelles méthodes”, c’est la volonté de continuité du cap politique et économique, avec des orientations budgétaires du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) qui sont celles de l’ancien gouvernement Bayrou : gel des prestations sociales (retraites, APL, RSA, AAH, allocations familiales…), augmentation des franchises médicales, fiscalisation des indemnités journalières pour les personnes atteintes d’une affection de longue durée, coupes sur la culture, le sport, la jeunesse et sur le budget climat, au profit notamment des JO 2030.
La censure n’a jamais été équivalente à la dissolution, cette équivalence est une manipulation supplémentaire du chef de l’Etat qui souhaite pressuriser le parlement à obtempérer à sa main-mise dont plus personne ne veut. Pour ma part, je continuerai à porter l’exigence d’un véritable vote de confiance pour un gouvernement issu de la représentation nationale, non de la seule volonté du Président. Je continuerai à défendre l’idée d’un changement de cap politique conforme au choix exprimé par les Françaises et les Français lors des dernières élections législatives.
Pour toutes ces raisons, et au nom de tout ce pourquoi j’ai été élue, j’ai voté la censure du second gouvernement de Monsieur Lecornu.
Celle-ci n’a pas été adoptée : nous avons donc commencé l’examen du budget cette semaine : je vous tiendrai au courant bien vite de tous les compromis que nous proposons au service des français-es… et des réactions des autres groupes à ces propositions.