A l’heure où tout le monde parle au nom des campagnes pour y assigner des délires plus ou moins conservateurs et passéistes, de la France chrétienne éternelle et enracinée, oui, c’est important de voir notre mouvement non pas commenter en spectateur les campagnes et leurs habitants comme tant d’éditorialistes ou politiciens peuvent le faire de leur arrondissement parisien; mais oeuvrer en acteur, en permettant aux ruraux de définir leurs préoccupations, leurs espoirs; en nous permettant de nous rencontrer et de nous organiser collectivement, de prendre la parole, de prendre la place.
Non pas en parlant pour nous, mais en nous laissant la place.
Cette place, j’essaie, humblement, avec mes collègues, de la cranter pour nous toutes et tous, sur les bancs de l’Assemblée Nationale. Cette place, nous la prenons ce week-end, à Coutances. Cette place, j’espère de tout mon cœur que nous pourrons la prendre chaque jour qui viendra, un peu plus, lors des élections municipales puis présidentielles qui suivront : pour ne plus jamais laisser d’autres parler en notre nom, mais juste prendre, notre juste place. Nous avons passé, pendant trois jours, un temps précieux en ateliers, projections, débats, échanges, pour construire les campagnes de demain, par et avec des ruraux de tout le pays. Si vous voulez connaître mon discours en entier, en ouverture de ces journées, vous pouvez le lire et le voir en vidéo, sous ce lien.
Donner cette juste place c’est précisément ce à quoi doit s’atteler l’Agence nationale pour la cohésion des territoires (ANCT) dont j’ai auditionné le futur directeur mercredi dernier en commission à l’Assemblée Nationale.
Demander l’égalité des droits, ce devrait être agir contre la logique de métropolisation, de centralisation et d’aménagement du territoire qui ont gouverné ce pays depuis 50 ans, ce devrait être de cesser le recours aux cabinets de conseils franciliens pour assurer un système d’ingénierie publique pour nos communes, ce devrait être d’assurer la transition écologique, la décentralisation, le retour des services publics pour assurer que chaque enfant de France puisse grandir avec les mêmes chances dans la vie.
Ce devrait être ça, le pays de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. Ce devrait être ça.
Mais dans la Drôme comme ailleurs, partout les fractures se nouent. Pour les moyens aux communes pour déployer des projets de territoire ; pour la planification écologique dont on ne pense l’ambition que pour les villes, en subdivisant par deux chaque année le Fonds Vert ; pour les mobilités auxquelles on ne répond que par de nouvelles routes et tant pis si on est jeune, vieux, pauvre, porteur de handicap et qu’on peut pas forcément conduire ; pour les services publics qui déménagent ; les soins et les services qui se concentrent; pour l’accès au numérique ; pour l’installation paysanne ; pour le tourisme de demain; pour la réindustrialisation ; pour l’émancipation de chaque jeune ; pour la lutte contre les violences intra-familiales.
Alors, prendre notre juste place, c’est être de toutes les batailles pour lutter contre les fractures qui se nouent ; pour donner à l’ANCT les moyens nécessaires à son action, loin, très loin, de ceux qui disent parler au nom des campagnes mais déséquilibrent de 11 millions d’euros les crédits de la mission “cohésion des territoires” ; loin, très loin, de ceux qui rabotent sur les moyens laissés aux communes et intercommunalités rurales pour qu’elles puissent porter des projets d’avenir ; loin, très loin, de ceux qui voudraient, tout simplement, supprimer votre agence, quitte à ce que nous n’ayions plus aucun outil pour lutter contre la fracture territoriale.