Ce journal de bord vous arrive un jour singulier : pour l’Assemblée Nationale, dont les fractures même du “socle commun” sont en train de mettre en péril le Gouvernement dans lequel ils siègent tous – et dont ils tirent moults avantages ; pour les équilibres fragiles du débat parlementaire qui pour la première fois depuis que je suis élue, va jusqu’au bout ; pour les millions de françaises et de français qui seront impacté-es par le choix que nous ferons, à 577 dans cet hémicycle, cette fin de journée. Je vous écris ce journal de bord de la réunion de groupe des Écologistes, dans laquelle je siège chaque mardi matin : nous sommes en train d’échanger sur notre position de vote cet après-midi. Je vous tiendrai bien sûr au courant au plus vite (et pour tout suivre en direct, c’est sur mes réseaux sociaux : twitter, facebook, instagram, linkedin, tiktok).
La semaine passée, nous avons passé beaucoup de temps dans ce même hémicycle pour faire avancer le Projet de Loi de Finances de la Sécurité Sociale (PLFSS – qui sera voté, ou non, cet après-midi). Dans une vraie discussion, sans 49.3, et dans un contexte où la Droite Républicaine et Horizons, pourtant partie prenante du socle commun (et occupant 9 postes de Ministres !) jouent les opposants en restant bien au chaud dans leurs postes, chaque discussion, chaque vote, devient crucial, et les pressions sont immenses. Ce lundi, un membre du cabinet de Sebastien Lecornu a appelé tous les chefs d’entreprises des Renouvelables, pour les menacer de baisser les objectifs d’ENR dans la prochaine PPE si le groupe auquel j’appartiens ne votait pas pour le budget. C’est tout simplement scandaleux d’œuvrer ainsi par la menace.
Notre système de santé et de sécurité sociale est à bout de souffle. Le budget actuellement étudié n’est pas à l’équilibre : à cette heure-ci, les recettes ne permettent pas d’assurer les dépenses à moyens constants. Le risque de l’adoption de ce budget, c’est, sur un hôpital public à l’os, sur des soignant-es abîmé-es, fruit d’années de sous-investissement, de voir s’accumuler dans les mois à venir les coupes budgétaires, les discours critiquant notre système de retraite et avalisant de fait, la capitalisation, la privatisation et autres menaces sur ce beau système qu’ont fondé les pères fondateurs du Conseil National de la Résistance.
Nous avons vécu des défaites : l’absence de toute fiscalité comportementale (le RN et le “socle commun” ont même refusé de fiscaliser le sucre ajouté dans les pots pour bébé !), l’absence de mise à contribution des laboratoires, l’absence d’exigence de transparence sur les prix des médicaments. Une partie du financement des hôpitaux sera modulée en fonction des économies réalisées, ce qui introduit une logique managériale incompatible avec les besoins du service public, notamment dangereux pour nos hôpitaux ruraux de proximité. La tarification à l’acte sera réintroduite dans certains établissements médico-sociaux accueillant des enfants en situation de handicap. Le gouvernement et la droite ont rétabli la taxe de 2 % sur les complémentaires santé, qui risque de se reporter directement sur les assurés, pour un coût estimé à un milliard d’euros. La droite a également imposé l’extension aux grandes entreprises de la déduction forfaitaire de cotisations sur les heures supplémentaires.
Nous avons cependant obtenu des victoires : elles ne sont en aucun cas les victoires de Sebastien Lecornu ou de ce Gouvernement de bric et de broc. La hausse de la CSG sur les revenus du capital permettra d’apporter 1,5 milliard d’euros, même si ce montant reste inférieur à ce que nous avions obtenu en première lecture et à notre proposition initiale. Nous avons obtenu une hausse de la compensation à la Sécurité sociale des allègements généraux de cotisations, à hauteur de 2 milliards d’euros, ainsi que la compensation de l’exonération sur les heures supplémentaires. Nous avons également obtenu la suppression du gel du barème de la CSG, celle du forfait social sur les titres-restaurant, et la préservation de l’exonération de cotisations pour les apprentis. Nous avons obtenu des améliorations sur le retraite des femmes, nous gagnons un congé naissance dès le 1er janvier 2026, Elles sont de véritables victoires parlementaires, parfois obtenues contre les Macronistes, parfois contre le RN.
On ne peut continuer d’exiger des professionnels soignants d’accomplir l’impossible avec toujours moins de moyens. Dans un pays où près d’un tiers de la population vit dans un désert médical et où la situation des urgences est plus critique que jamais, notre demande est simple : nous avons besoin d’assurer des recettes pour notre système de sécurité sociale, nous avons besoin d’engagements sur l’ONDAM, nous devons sauver notre système de santé.
Nous savons ce que nous gagnons si ce budget passe. Nous ne savons pas ce que nous gagnons si il ne passe pas : car nous ne savons pas où nous irons. Voilà qui me place dans une situation délicate où il va falloir que je choisisse entre ne pas bloquer le pays ou ne pas accepter un budget de la sécurité sociale qui sera douloureux pour toutes et tous. J’espère que par mon choix, je saurai au mieux vous représenter toutes et tous.