Pour commencer ce journal de bord, je voudrais revenir sur le vote du projet de loi de financement de la sécurité sociale du mardi 9 décembre sur lequel je me suis abstenue.
Depuis mon élection en 2022, mon combat en tant qu’élue du Nouveau Front Populaire consiste à la fois à empêcher l’extrême-droite de gagner du terrain et à me battre contre les effets dévastateurs des politiques anti-sociales, anti-écologistes, et anti-démocratiques des macronistes. C’est pourquoi j’ai voté toutes les motions de censure contre les gouvernements nommés par le Président de la République. Et c’est aussi pour cela que je me suis abstenue lors du vote du PLFSS.
En effet, dans une Assemblée nationale sans majorité et avec la promesse de ne pas utiliser l’article 49.3, il fallait, pendant tout l’examen du PLFSS, batailler sur chaque ligne pour obtenir des victoires. C’était la première fois depuis que je suis élue que nous débattions jusqu’au bout, jusqu’au vote, sur un PLFSS. J’ai siégé dans l’hémicycle, avec mes collègues, des jours et des nuits pour plus de 100 heures de débats. Du jamais vu.
Au début de l’examen du texte, les équilibres n’étaient pas là : les recettes ne permettaient pas d’assurer les dépenses à moyens constants. Le risque de l’adoption de ce budget, c’était alors, sur un hôpital public à l’os, sur des soignant-es abîmé-es, fruit d’années de sous-investissement, de voir s’accumuler dans les mois à venir les coupes budgétaires, les discours critiquant notre système de retraite et avalisant de fait, la capitalisation, la privatisation et autres menaces sur ce beau système qu’ont fondé les pères fondateurs du Conseil National de la Résistance. Pour toutes ces raisons, j’ai voté contre la partie recettes du PLFSS avec mon groupe, c’était vendredi 5 décembre.
Puis les députés Républicains et Horizons ont annoncé ne pas voter le budget alors même qu’ils siègent au Gouvernement, ce qui a fait de mon groupe un “groupe pivot” qui pouvait faire basculer le vote. Le gouvernement s’est alors plié en quatre pour nous accorder, comme nous le demandions, des recettes supplémentaires et la hausse de l’ONDAM (plafond maximal des dépenses de santé). Nous avons aussi réussi à supprimer une grande partie des mesures les plus violentes : gel des prestations sociales, gel des pensions, désindexation des pensions de retraite, diminution des indemnités journalières sur les ALD, doublement des franchises médicales. Enfin, ce budget permet à 450 000 personnes de partir à la retraite plus tôt, y compris pour les carrières longues.
Nous avions alors le choix : laisser passer ce budget qui n’est clairement pas satisfaisant mais qui permet des moyens complémentaires pour notre hôpital public, ou le rejeter, et se voir imposer le budget initial du gouvernement avec ses coupes et ses horreurs. Le PLFSS n’est pas un budget obligatoire : si celui-ci était rejeté, nous donnions les clefs à Bercy pour gérer les crédits, sans contrôle parlementaire.
Ce budget n’est pas mon budget, ni celui que nous aurions adopté avec les autres groupes du Nouveau Front Populaire. Dans ce budget, il y a de nombreuses mesures contre lesquelles je continuerai à m’opposer : l’encadrement des arrêts-maladie, la hausse des tarifs des mutuelles, l’installation d’un bonus/malus pour le financement des hôpitaux ou encore la tarification à l’acte pour les centres médico-sociaux. Pour autant, je me suis abstenue et j’assume ce choix. Comme le déclare la fédération hospitalière, nous avons assuré un « minimum vital ». Les organisations syndicales comme la CGT ont également pris acte des avancées obtenues « grâces aux mobilisations sociales et aux travaux parlementaires ».
Oui, nous avons seulement limité la casse. Ce n’est pas une grande victoire mais c’est aussi mon rôle de contenir et gagner ce que je peux. Je n’ai jamais failli à mes engagements, j’ai toujours défendu la justice sociale, la justice environnementale, la démocratie. J’ai siégé de longues heures pour obtenir toutes ces avancées, comme je le fais sur chaque texte, de manière absolument transparente, en communiquant chaque semaine sur chacun de ces choix, depuis trois ans. Je ne perds rien à ma colère de voir le manque de places en psychiatrie, les violences institutionnelles quotidiennes, le manque d’accès aux droits, aux soins, la précarité des soignant-es que je rencontre régulièrement dans toute la circonscription. En rien je ne pardonnerai quoique ce soit “à la Macronie”, ni au RN, je sais ce que je combats, et ce pourquoi je me bats. J’aimerais tellement un gouvernement NFP avec une politique NFP (qui aurait dû de fait, être également faite de compromis pour obtenir des majorités) comme cela aurait dû être le cas suite aux élections législatives. On nous l’a refusé pour déni de démocratie mais je continue le combat. Je suis d’ailleurs actuellement en train de travailler à une proposition de loi constitutionnelle permettant l’instauration du référendum d’initiative citoyenne, pour plus de démocratie directe et pour rendre aussi toute leur dignité aux gilets jaunes.