Lundi dernier, en ouverture de Salon International de l’Agriculture, la Ministre de l’agriculture Annie Genevard déclarait : “Les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, ne peuvent pas toujours tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises ou même allemandes bien plus vastes […] au titre de la compétitivité, ne faut-il pas se poser la question de la taille critique ?”.
Par ces mots, elle décide clairement d’abandonner les fermes familiales pour importer chez nous un modèle que personne ne veut. L’agriculture est le socle de nos territoires, de notre alimentation, de notre souveraineté. Il s’agit tout simplement d’une capitulation. Car ainsi, la Ministre confirme poursuivre la politique de concentration et d’agrandissement menée par la droite et dont le bilan est connu : – 100 000 fermes et – 80 000 emplois mais aucun gain de compétitivité.
Elle parle de seuil critique : dans la Drôme, une exploitation s’étend en moyenne sur 32 hectares. En France c’est 69. Au Brésil, la moyenne est à 309 et en Argentine à 560. Là bas, les cultures sont gorgées de pesticides, les agriculteurs deviennent des exécutants au service de groupes financiers quand ils ne sont pas tout simplement expulsés. Nos fermes ne seront jamais assez grandes face à la Chine et ses usines de 650 000 cochons et celles de l’Arabie Saoudite de 100 000 vaches. Cette course à la taille critique, nous savons où elle mène : vers une agriculture sans agriculteurs et vers la destruction du vivant, au nom d’une compétitivité illusoire, dans un jeu ou l’on sera toujours perdants.
Dès mercredi, j’ai interpellé la Ministre de l’agriculture lors de la séance de question au gouvernement pour lui demander de clarifier ses propos sur l’orientation qu’elle veut donner à notre agriculture (ce qu’elle a fait).
Dans le même temps, ce vendredi, la Commission européenne décidait de passer en force sur l’accord UE-Mercosur en annonçant son application provisoire malgré le vote du Parlement et la saisine de la Cour de Justice européenne : une trahison, non seulement pour les agriculteurs-rices, mais aussi pour le projet européen. Alors que cet accord de libre-échange va justement mettre en concurrence des exploitations françaises avec des mastodontes sud-américains pouvant aller jusqu’à 100 000 hectares, c’est abîmer non seulement notre agriculture, nos engagements climatiques, mais aussi la confiance que nos concitoyens portent encore à l’Union Européenne que d’agir ainsi, même si finalement ça a une certaine cohérence avec les propos de la Ministre de l’Agriculture.. 🤷♀️
Et c’est cette ambivalence, ces contradictions qui ont également émaillé le Salon International de l’Agriculture cette année, où je me rendais comme tous les ans, et où j’ai pu finalement voir… de moins en moins d’agriculteurs, de plus en plus d’acteurs agro-industriels. Le stand de l’Agence Bio a laissé la place à Mc Donalds et Florette, les animaux restés chez eux du fait des maladies par Nestlé et SODIAAL; et les stands régionaux relégués dans les étages dans un bâtiment tout au bout.. Heureusement, j’ai aussi eu la chance d’y rencontrer des gens formidables.
Mardi, j’ai pu rencontrer les acteurs nationaux du pastoralisme avec lesquels je suis honorée de travailler sur la proposition de loi dont je vous ai déjà parlé, et ai pu, outre l’inauguration du stand Drômois (présent pour la vingtième année au salon), j’ai échangé avec GDS France (le Groupement de Défense Sanitaire) mais aussi les vignerons indépendants, l’association SOL ainsi qu’avec la Mutualité sociale agricole.
Jeudi, je suis revenue au salon cette fois accompagnée de la délégation des Ecologistes (sénateurs, députés, élus locaux et notre secrétaire nationale Marine Tondelier), pour rencontrer les Jeunes Agriculteurs, la Confédération Paysanne, le CNIEL, l’INRAE, C’est Qui Le Patron et des organisations pastorales. Nous avons défendu notre vision, celle d’une agriculture qui nourrit les humains, qui protège la terre, notre santé, qui rémunère de manière juste les agriculteurs et agricultrices, et qui préserve l’environnement. J’ai également eu l’honneur d’être invitée à une table ronde organisée par Max Havelaar sur le thème « Durabilité ou dérégulation ? La souveraineté alimentaire à l’épreuve du commerce international ». J’ai pu débattre des contradictions majeures de notre politique agricole, alors que nous sortons d’une année où les dirigeants français disent rejetter l’accord UE-Mercosur au nom de l’excellence de l’agriculture française qu’il faudrait protéger et de l’autre promeuvent la rétrograde loi Duplomb qui abîme justement cette excellence.
Ces échanges avec les acteurs de notre agriculture se sont poursuivis à l’Assemblée nationale où j’ai eu, aux côtés de collègues du “socle commun” le plaisir d’accueillir la deuxième promotion des Voix Agricoles, l’occasion d’échanger avec des agricultrices et agriculteurs de toute la France, de toutes cultures, sur les manières de faire émerger d’autres paroles que les postures partisanes et syndicales qui parfois empêchent le virage qu’il nous faut prendre en matière de politique agricole ! On continue ! 👩🌾