Les élections municipales ont eu lieu.
Nous devons à mon sens en tirer des enseignements pour la suite, pour chacun de nos villages, pour notre pays tout entier, alors que celui-ci se trouve face à des défis immenses : celui de la guerre et d’une géopolitique extrêmement mouvementée, celui de la crise climatique et environnementale qui affecte désormais nos récoltes, nos habitats, nos emplois, nos capacités à nous projeter vers demain; celui de la souveraineté et de toutes nos dépendances; celui des inégalités qui se creusent et d’une paupérisation grandissante; celui des solidarités qui s’affaissent, du repli sur soi, de la défiance. Le mandat qui s’ouvre pour chacun des élus locaux choisis par la population sera long (on parle de 7 ans), il sera difficile. Il aura à mon sens une mission, peu importe la ville ou le village : rebâtir les solidarités et l’entraide entre les habitant-es, rebâtir la confiance alors que plus personne ne croit plus en rien. De là où je suis, et comme je l’ai fait ces quatre dernières années, je les y accompagnerai avec tout mon cœur.
La défiance, j’en parlais : 43% de personnes ne se sont pas rendues aux urnes, lors de ces élections. Il s’agit du plus haut taux d’abstention aux municipales (hors COVID) que nous ayions connu. Il doit nous alerter, nous pousser à parler à toutes et tous, et avoir comme cap de ne pas laisser tout un pan de la population de côté des décisions qui les concernent. Vous le savez, j’en ai fait mon combat, en alertant sur les 78% des Français qui n’ont plus confiance dans les politiques, approchant un point de non-retour selon le CEVIPOF, totalement inédit au niveau Européen; défendant et faisant adopter en Commission des Lois une proposition de loi constitutionnelle pour l’instauration du Référendum d’Initiative Citoyenne. La réparation de cette défiance démocratique concerne tout le monde – et plus encore après une campagne qui fut particulièrement violente, diffamatoire, menaçante envers certaines listes, certains candidats et catégories de la population. Je compte sur les nouveaux élus locaux pour se faire, je les accompagnerai dans cette mission.
Pour la Gauche, ces élections ne furent pas un immense succès. Même s’il nous faut reconnaître les victoires de Crest, de Nyons, de Buis les Baronnies, ici dans la Drôme, et puis celles des grandes villes, Lyon, Paris, Grenoble, Marseille, Nîmes, Saint Etienne, Villepinte, Agen, Pau, Aubervilliers et tant d’autres. Il nous faudra analyser ce qu’il s’est passé, analyser ces campagnes diffamatoires et violentes qui ont visé toutes celles et ceux qui portent des idéaux de solidarité et de vivre ensemble; leur apporter également tout notre soutien dans l’opposition pendant ces longues années. Là où les idées politiques que je défends ont gagné, c’était parce que nous étions capables de nous unir plutôt que de nous déchirer. Grâce à la capacité des élus de jouer le jeu du politique sans jamais perdre deux horizons : le premier, c’est notre responsabilité collective de ne pas laisser l’extrême droite poursuivre sa percée, et nous savons combien notre désunion est une aubaine pour eux. Le second, c’est de ne pas céder aux pressions médiatiques, aux stratégies politiques douteuses, à toutes celles et ceux qui savent qu’ils gagnent des voix à chaque fois que la gauche se divise. Il nous faut nous rappeler tout ce pour quoi nous devons nous battre ensemble, et ne jamais nous tromper d’ennemis. Souvenons-nous, alors que Lionel Jospin est parti ce lundi, qu’il fut l’artisan de la gauche plurielle, celle qui réussit à gagner les législatives de 1997. Souvenons-nous aussi le 21 avril 2002, alors que le Front National arrivait au second tour de l’élection présidentielle, son retrait de la vie politique immédiat, comme le veut l’humilité de l’homme qui se considère responsable. Il était un homme d’Etat, ancré dans les valeurs républicaines et il a profondément marqué la 5ème République. Souvenons-nous que la gauche, quand elle avance unie, bien souvent gagne. Et que le meilleur moyen de l’éviter, c’est de la diviser. Ne nous laissons pas diviser. Je continuerai à défendre ce cap.
Dans plusieurs communes, d’autres idées, d’autres programmes ont remporté le suffrage des électeurs et électrices : c’est le jeu de la démocratie, et je me réjouis et remercie toutes celles et ceux qui ont donné un peu de temps ces deux dimanches électoraux pour la faire vivre. Et même ici, dans la Drôme, dans nos petites communes où l’on est sans étiquette, ou l’on oeuvre pour l’intérêt commun, ou l’on n’ose plus vraiment se dire de gauche, du centre ou de droite tant cela est dans nos villages perçu comme clivant, et bien même ici nous pouvons avoir des projets différents. Des idées différentes. Sans s’en cacher. Et en étant fiers même. Car la politique c’est bien cela, défendre nos idées, entendre celles des autres, construire. La politique, c’est notre affaire à tous. A tous ces nouveaux élus ou élus reconduits, quelles que soient leurs idées, je veux affirmer que je continuerai d’oeuvrer auprès de chacun de la même manière, parce que j’exècre le clientélisme : que mon mandat est celui des habitant-es de la Drôme, de tou-tes les habitant-es, et que je défendrai chacun-e avec le même coeur et la même énergie.
Je crois dans la construction par le dialogue. Je crois aussi très fort en des valeurs ancrées, et fondamentales, des valeurs Républicaines. La défense d’une justice sociale. La défense de l’écologie rurale au service de nos agriculteurs, de nos enfants, de la vitalité de nos territoires. Voilà le temps de la campagne municipale terminé, les dés sont joués pour les prochaines années dans nos villes et villages. Je serai comme je l’ai toujours été depuis le début de mon mandat, à vos côtés, aux côtés des élu-es des 239 communes de ma circonscription, et des habitantes et habitants de vos villages pour faire ensemble de cette Drôme le territoire dynamique, la terre d’accueil, où il fait si bon vivre, que je défends. La prochaine étape désormais, sera l’élection des exécutifs de nos intercommunalités, ces instances si essentielles où la culture du faire ensemble pour représenter toutes et tous les drômois est une richesse précieuse à cultiver.
Tout cela, je l’accompagnerai comme députée, je l’espère toutes ces prochaines années. Mais pas seulement. Un peu par surprise, par un jeu de décompte des voix et de calculs à la plus forte moyenne que je ne maîtrise toujours pas, j’ai été élue, dimanche dernier, également, conseillère municipale sur la liste d’Athénaïs Kouidri, à Crest. Cette surprise, elle m’honore immensément, comme Crestoise. J’aurai à cœur d’accompagner la dynamique de la nouvelle majorité, d’exercer ce mandat – sans délégation – avec sérieux et avec cœur. D’accompagner, de cet endroit notamment le travail formidable des nombreux bénévoles, éducateurs, familles d’accueil, aidant-es, soignant-es, dans l’accompagnement des personnes les plus vulnérables de notre commune et de notre petit bout de vallée. Parce qu’on ne mesure la grandeur d’une société qu’à la manière dont elle traite les plus vulnérables – et je crois que là, dans toutes ces fractures, se joue la grandeur de la politique locale aussi.
Je souhaitais, enfin, remercier toutes celles et ceux qui ont quitté leur mandat ces derniers jours. Tous ceux qui se sont donné pour leur commune, parfois des dizaines d’années, parfois moins, au service de l’intérêt général. Qui ont pris sur leur temps en famille, entre amis, sur leurs loisirs, sur leur vie professionnelle, pour le bien commun. On râle souvent sur les élu-es : on ne se rend pas compte de tout ce qui se cache derrière comme abnégation, comme dévouement, comme amour aussi de leurs prochains. Et je voulais, solennellement, les remercier d’avoir donné un bout de leur vie aux autres.