Mon discours à la Marche contre les violences faites aux femmes (Vinsobres)

Bonjour à toutes et à tous. 

 

« L’indifférence tue autant que la violence. », disait Benoîte Groult. 

Cette phrase, elle dit beaucoup. 

Elle dit la violence à domicile, les coups, la douleur : elle dit la violence pure que l’on peut reçevoir en tant que femme d’un inconnu, parce qu’on aura croisé son chemin, pour cette raison et donc pour aucune raison; mais elle dit aussi l’indicible, ce que c’est que d’être victime d’un proche, de quelqu’un qu’on aime et qu’on estime, et qui nous humiliera, nous dévalorisera, nous frappera, parfois jusqu’à la mort, en nous disant qu’il nous aime. Il faut s’imaginer cette douleur, qui n’a rien à voir avec l’amour, mais tout à voir avec la domination et la volonté de détruire l’autre. 

Et puis, cette phrase, elle dit les silences. Elle dit ces amies dont on s’éloigne, et qu’on ne veut pas inquiéter; elle dit les sous-entendus des voisins, le soutien des hommes entre eux, surtout dans nos petites communes, le courage qu’il aura fallu pour déposer une plainte parfois pas prise au sérieux, elle dit l’absence de solution alternative, de refuge où fuir, d’un véhicule pour fuir, de revenus pour survivre, de sûreté pour soi ou ses enfants. Elle dit la gêne, l’impuissance parfois, tout ce qui conduit à l’indifférence. 

144 femmes sont mortes cette année dans notre pays sous les coups de leur mari, de leur frère, de leur fils, d’un ex, d’un proche ou plus rarement, d’un inconnu. Parce qu’elles étaient femmes. 

La moitié vivaient à la campagne. 

Dans nos territoires, on en parle peu de ces violences, souvent parce qu’on les normalise, parce qu’on en a honte, parce qu’on ne sait pas trop à qui en parler, et que si on en parlait, on aurait bien tôt fait d’avoir peur que cela se retourne contre nous – que notre agresseur soit bien vite au courant, plutôt qu’en ne disant rien et en subissant en silence.

 

Mais nous voilà. Vous voilà. 

 

Nous sommes ici pour la 26e journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes; et je ne peux vous dire que je suis heureuse de vous voir toutes et tous réunies, parce que je préfèrerais tant que nous n’ayions pas à faire ça tous les ans. Mais je souhaitais remercier du fond du coeur Marie Pierre et toutes celles qui t’entourent aujourd’hui qui ont organisé cette marche, une année de plus encore, et qui nous permet, non pas qu’en ce jour mais tous les autres aussi, car là est ton combat de coeur, dans la Drôme comme au Sénat, de ne laisser aucune place à l’indifférence.  

Oui, nous voilà : pour dire une autre phrase : “on vous croit. vous n’êtes pas seules”. 

 

“on vous croit”

 

“Vous n’êtes pas seules”

 

Et alors, face à l’immensité de la montagne qui se dresse face à l’une d’entre nous quand on s’est pris une gifle, des coups, des violences psychologiques, des insultes, des brimades; quand on subit une aggression sexuelle ou un viol, souvent, bien trop souvent, et en grande majorité même, au sein même de notre foyer, de la part d’un proche, d’un ami ou d’un membre de la famille ! Alors, on a face à nous une main tendue, bienveillante, une épaule sur laquelle s’appuyer pour avancer dans la vie, se reconstruire, s’émanciper pour redevenir maître de son destin. 

 

On dit que nous ne voulons plus de ce monde où on nous demande le silence ou le courage. Nous disons que nous ne voulons pas être courageuses, nous voulons être libres. 

 

Alors que la grande cause du quinquennat s’est transformée en cause toujours, nous demandons des moyens. 0,1% du PIB, pour lutter contre les violences. 

  • Pour former les gendarmes et policiers jusqu’aux secrétaires de mairie, aux agents de la MSA et les enseignants, pour accompagner les associations comme RFA26 qui font un formidable travail de terrain, pour des brigades de gendarmerie mobiles dans nos campagnes, pour des points d’accueil de partout, dans les mairies, dans les espaces france services, dans les pharmacies; pour financer des modules éducatifs à l’école jusqu’à l’enseignement supérieur pour que les violences cessent.
  • Pour des “bons taxi” pour les femmes victimes,  des “navettes sociales” pour permettre aux femmes d’accéder aux services médicaux, juridiques, psychologiques; 
  • Pour des lieux sûrs, maisons d’accueil, familles relais, foyers d’urgence, pour mettre en sécurité chaque femme qui fait le pas de la dénonciation. 
  • Et puis, pour l’accompagnement à l’accès à l’emploi local, en dé-centralisant les offres de formations, en créant des parcours de formation adaptés à leurs contraintes familiales et de mobilité, en élargissant leur accès aux aides sociales (RSA, aides au logement, etc.). 

 

“On vous croit, vous n’êtes pas seules”. 

Cette phrase, elle est parfois la clef d’une vie sauvée. Car on ne nait pas femme, mais on en meurt. 

 

Tout comme pour nombre d’entre nous, on ne naît pas libre, on le devient. Et c’est ce que nous faisons ici. Nous devenons libres. 

 

En cela, nous marchons dans les pas de celles qui nous ont précédé. 

De celles qui ont lutté pour l’obtention du droit de vote entre les deux guerres, malgré les interdictions de manifester, en bloquant la circulation des voitures, en organisant des lâchers de ballons lestés de tracts. De celles qui sont descendues par milliers dans les rues pour défendre le droit à l’avortement au début des années 70. De ces 100 000 personnes défilant à Paris en octobre 1988 pour défendre la profession d’infirmière.  

 

Nous sommes de cette histoire qui s’écrit, pour nos mères, pour nos soeurs, pour nos filles, pour les femmes du monde entier. 

 

Nous sommes de celles et ceux qui nous organisons sur nos territoires, dans nos fermes, dans nos villages, qui refusons de subir et préférons nous unir face aux violences et aux inégalités. Nous sommes de celles qui ne lâcherons rien pour notre émancipation collective.

 

Car oui, nous sommes de celles et ceux qui ont voté l’inscription de l’IVG dans la constitution et inscrit la liberté de disposer de notre corps dans notre droit fondamental. Nous sommes de celles et ceux qui avons revu la définition pénale du viol, en y inscrivant la notion de consentement; nous sommes de celles et ceux qui nous nous sommes battus pour garder nos centres de santé sexuelle, et qui nous battrons pour les rouvrir demain. Nous sommes, de celles et ceux qui toujours, peu importe les 

 

Cela vaut le coup de ne rien lâcher. 

Alors ici aussi, dans nos villages, être ici montre notre détermination, notre combat, universel parce que c’est celui de l’égalité, de la sécurité et de l’émancipation de chacune face au patriarcat et à la culture du viol, mais singulier de ce que nos territoires et les politiques publiques – ou leur manque – qui les sous-tend aggravent pour nos vies. 

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