Mon discours lors de ma cérémonie de vœux 2026

Ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme…

 

Il y a quelques mois maintenant, le discours du chef d’état major des armées lors du Congrès des maires a provoqué un choc. Entre autres appels à accepter de perdre nos enfants, le général avait estimé que ce qu’il nous manquait, face aux défis devant nous et à la guerre : “c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est« . Entre ses lèvres, notre capacité de résistance collective ne tiendrait pas seulement à l’accumulation d’armements, à la formation de militaires, à l’addition et l’union de nos forces même à l’échelon européen. Non, elle tiendrait à une dimension morale : le courage. 

 

Je dois vous avouer que je ne savais pas comment démarrer ces voeux : j’aurais préféré vous dire bonne année et qu’on aille manger la galette et déguster la clairette immédiatement. Mais à l’heure des campagnes municipales et des vœux forcément un peu plus sobres que d’habitude, article L52-1 oblige, je crois qu’il est de mon devoir de parler en ce jour un peu de politique. Car la vie sans politique, sans la grande politique, elle n’a que peu de sens – et je crois que l’année que nous avons vécu est sans nul doute celle d’un bouleversement politique vertigineux. Alors je ne peux pas vous promettre que ce que je vais dire sera joyeux, mais on va essayer.

 

Nous y voilà donc, faisons de la politique. Quelle est cette force d’âme qui pourrait nous manquer au risque d’en périr ? 

 

Cette question, je me la suis posée toute l’année passée. Bien évidemment, elle nous renvoie à la menace russe sur l’Europe, comme l’évoquait ce chef d’état major. Mais pas seulement. Elle nous renvoie globalement à ces impérialismes qui se renforcent à l’ère du capitalisme de la finitude au-dessus de toute règle de droit. 

  • Comment ici ne pas évoquer le modèle ouvertement prédateur, violent et rentier de l’impérialisme américain, alors que Trump au lendemain de son ingérence au Venezuela, annonçait qu’il allait “s’occuper du Groenland dans deux mois”, rappelant Kissinger en 73, après le coup d’état de Pinochet, qui disait alors : “Je ne vois pas pourquoi nous devrions laisser un pays devenir marxiste simplement parce que sa population est irresponsable” ?

 

  • Comment ne pas ici penser aux doubles standards entre l’appui légitime au peuple ukrainien face aux crimes de guerre et aux violations du droit international, et la solitude du peuple palestinien, dont d’aucuns souhaitent faire du pays, des racines, de la culture, de l’histoire, de l’avenir, de la langue, de son territoire, en assassinant hommes, femmes et enfants, pour l’immense majorité des civils, une riviera ?! 
  • Cette question, elle nous renvoie à la compétitivité sans entraves, érigée comme valeur et comme cap par des élites économiques promouvant le chacun pour soi et le tous contre tous, et tant pis pour le nombre de personnes pauvres dans notre pays qui n’a jamais été aussi grand depuis qu’on le calcule, tant pis pour les travailleurs pauvres, les gens qui ne trouvent plus où se loger, l’indignité qu’on érige en normalité dans ce monde du chacun-pour-soi.
  • Elle nous renvoie à l’effondrement des écosystèmes, alors que 2025 fut l’année la plus chaude jamais enregistrée. En Inde et au Pakistan, des températures supérieures à 48°, en France, 16 000 ha brûlés dans l’Aude et les pires inondations depuis 40 ans à Rennes. Mais pour beaucoup, cela n’existe pas, n’existe plus. 
  • Car cette question, elle nous renvoie à l’emprise des algorithmes, de la désinformation, et de l’IA ; à un libéralisme ivre de lui-même, au narcotrafic qui étend ses tentacules jusqu’au cœur de nos villages, au grand charivari de la grande bourgeoisie qui s’offusque qu’on puisse demander le strict minimum de la participation aux efforts budgétaires des plus fortunés sur toutes les chaînes TV, à l’épidémie de cancers qui ont augmenté de plus de 80% chez les – de 50 ans en 3 décennies, à l’individualisme qui nous fait tantôt rois, tantôt esclaves.

 

Elle nous renvoie à l’ère du soupçon généralisé, à la défiance : sur nos voisins d’abord, puis sur la démocratie, la justice, la science, la vérité même. Je l’ai beaucoup dit ces derniers temps : je me suis engagée pour une écologie rurale et populaire – mais peu à peu je deviens une simple démocrate, face à tous les assauts, les doutes, les suspicions qui s’immiscent dans nos relations aux autres et à ceux qui nous représentent. Alors, nous voilà divisés, fracturés, ivres du dernier achat que nous avons fait, des biais de confirmation que savent nous offrir les “chaînes Bolloré” ou de l’insulte anonyme sur les réseaux, mais souvent si esseulés. Ère du vide, de la solitude, du vertige totalitaire. 

 

Quelle est cette force d’âme qui nous manquerait au risque d’en périr ? 

Je dois vous dire que je la côtoie chaque jour à votre rencontre, dans nos pays drômois. Cette année, dans les plus de 30 000 km parcourus, dans les 22 permanences parlementaires que j’ai tenu en circonscription, partout 

dans notre “pampa drômoise”, dans les 361 déplacements à vos côtés, j’ai vu le courage qui habite les aidants, les soignants, les enseignants, les bénévoles, les volontaires, et toutes celles et ceux qu’ils et elles accompagnent avec détermination et à qui ils permettent de rester debout. Je la rencontre chez ces femmes engagées, dans toute la Drôme, que nous retrouvons régulièrement dans quelque chose qui commence à faire réseau, dans celles et ceux qui font vivre notre Avant Pays Drômois. Je la rencontre chez les nombreuses agricultrices et agriculteurs qui œuvrent quotidiennement à produire une alimentation saine et de qualité. 

Elle est chez ceux qui, prenant leur part, font du bien sans forcément faire grand bruit. Dans les marques d’attention et de respect. Dans le simple fait de payer sa juste contribution au bien public à proportion de ses moyens, sans tricher. Je l’entends dans de vieux termes comme honnêteté et conscience professionnelle, chez tous ceux qui ne confondent pas esprit d’entreprise et appât du gain, dans une certaine façon de cultiver la terre. 

La force d’âme est l’exact contraire du culte de la force que certaines de nos élites exultent. Elle porte en elle une éthique de la vulnérabilité, un souci du vulnérable et du prochain qui est le socle de ce qui nous tient ensemble. Elle n’est pas seulement l’affaire d’attitudes personnelles. La force d’âme donne sens à l’engagement et inspire toutes les institutions de justice : le partage des terres ou de l’eau, le commerce équitable et les prix rémunérateurs, la sécurité sociale, et peut être, demain, alimentaire et environnementale, le respect du vivant. 

De la force d’âme, il en aura fallu l’an passé. Pour bâtir et rénover, ici dans nos villages, des écoles, des mairies, des espaces d’accès aux services publics, des bureaux de poste et des maisons de santé. Pour mieux partager l’eau, pour mieux préserver le foncier, pour doter les moyens nécessaires aux sapeurs pompiers. Mais ici aussi, l’ère du vide, de la solitude, du vertige. Il y a eu notre mobilisation pour garder ouverts nos centres de santé sexuelle, face à un département qui, moins de deux ans après l’inscription dans la constitution de l’IVG, menace son accès libre et gratuit pour toutes, même loin des grandes villes. Nous n’avons pas encore gagné, mais ce n’est qu’une question de temps, car vraiment, quand nous sommes ensemble, nous sommes invincibles. Peut-être que dans moins d’un mois, l’avenir de l’initiative Territoires Zéro Chômeurs de Longue Durée sera déjà plus radieux, parce que de la grève de la faim des élus drômois, est née une proposition de loi transpartisane, que je suis si fière de porter, et que le vote aura lieu fin janvier. 

L’ère du vide, de la solitude, du vertige. Là haut, à Paris, entre deux chutes de gouvernements qui illustrent la crise de régime dans laquelle nous sommes, l’union des droites, ou plutôt la fusion entre la droite gaulliste et l’extrême droite, se consolide, faisant d’un socle la destruction méticuleuse d’un état de droit ni intangible ni sacré, qui ne mérite que des coups de tronçonneuse de ces populistes dangereux obsédés par des “ennemis de l’intérieur” nous rappelant les heures les plus sombres de notre histoire.

Il y a quelques jours, 40 jeunes périssaient dans les flammes d’une boîte de nuit en sous-sol. Pourquoi ce bar pouvait accueillir autant de monde, pourquoi les portes de secours étaient bloquées, le matériel inflammable autorisé, aucune alarme incendie déclenchée. A l’ère de la “simplification” des normes sanitaires, environnementales, de sécurité , ce drame absolu nous rappelle que ces normes ne sont pas qu’un tas d’emmerdes : peut être qu’elles préservent l’essentiel face à aux intérêts de court terme, peut être qu’elles sauvent des vies, peut être qu’elles permettent la prévalence de la justice sur l’arbitraire, peut être qu’elles protègent. La loi, c’est bien la protection de ceux qui n’en n’ont aucune autre. 

Vous m’avez élue pour l’écrire, cette loi. Voilà les termes du mandat que vous m’avez donné. 

Alors c’est ce que j’ai fait cette année. 

 

Parfois avec des petits textes, je pense à l’optionnalité du transfert de compétences sur l’eau, la lutte contre le frelon à pattes jaunes ou le statut de l’élu ; parfois avec des plus grands, comme cette proposition de loi transpartisane face aux déserts médicaux, qui a été adoptée après trois ans de travail, ou l’aboutissement de l’interdiction des PFAS, initié par mon groupe. En avril, je faisais adopter le rapport de la mission d’information sur la défense du pastoralisme que j’avais initiée, fruit d’un an et demie de travail sur lequel nous nous appuyons désormais pour une proposition de loi qui devrait être débattue cette année, année internationale du pastoralisme. 

En votre nom, je me suis battue contre les lois fourre-tout qui détricotent nos libertés publiques, pour une autre vision de l’agriculture que celle qui s’impose par les accords de libre échange et la concurrence de l’ultra-libéralisme qui force au nivellement par le bas : pour une loi d’orientation agricole qui planifie vraiment, contre la loi Duplomb qui nourrit la destruction de nos fermes familiales et paysannes par l’agrandissement et la course aux bas prix, pour des prix rémunérateurs.

En mars, je faisais adopter à l’unanimité ma résolution pour la publication des doléances. Vingt ans après le dernier référendum organisé dans notre pays – dont le résultat fut piétiné, sept ans après la révolte des gilets jaunes, un an après l’annonce par le chef de l’état lui-même que 2025 verrait des consultations des français voir le jour, il n’en fut rien bien évidemment : quelques mois après les plus de 2 millions de signataires de la pétition contre la loi Duplomb, je déposais au bureau de l’Assemblée Nationale une proposition de loi constitutionnelle visant à instaurer le RIC, le référendum d’initiative citoyenne. Je me battrai pour que celle-ci soit étudiée dès la mi-février dans l’hémicycle. 

Je vous parlais des termes du mandat que vous m’aviez donné, mais en vérité, ils sont pas si clairs que ça tout le temps, et cette année moi qui n’aime pas choisir, j’ai été servie ! Et non je ne parle pas du choix entre les 15 cérémonies de voeux qui ont lieu chaque soir en ce moment – même si ça reste un choix ATROCE – d’ailleurs merci d’être venus à celle-ci, , mais bien de : que faire, en tant que parlementaire, dans cet hémicycle fracturé, face à un gouvernement sans majorité, dont le socle commun se disloque, quand il n’y a pas de 49.3? 

Vous me savez opposante à la politique macroniste qui détruit tout, qui méprise tout, vouant un culte totalement irrationnel aux fruits de la croissance. Vous m’avez élue ainsi; tout comme certains m’ont élue non pas comme opposante à tout cela, mais pour contrer l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, et je m’en souviens et m’y attelle. 

Mais je suis également profondément parlementariste. Je crois au pouvoir et à la responsabilité de celles et ceux qui représentent le peuple, la Nation française, dans cette si noble chambre dans laquelle vous me faites l’honneur de siéger en votre nom. J’y crois comme écologiste, au parlementarisme et au dialogue, mais surtout comme drômoise, parce que dans notre pays d’accueil, on ne peut rien faire sans compromis. Je m’opposerai toujours, de tout mon cœur, aux tentatives de blocage, de contournement, de pressions faites à la représentation nationale par l’exécutif ou quiconque autre. 

Alors, oui, quand le Gouvernement – même illégitime, et il l’est ! – renonce au 49.3, laisse l’assemblée délibérer, alors oui, mon devoir, je le crois, est d’accepter des compromis, plutôt que de tout laisser être décidé par le Gouvernement.

Après-demain, nous reprendrons les discussions sur le budget général, où les choix seront sans doute malheureusement plus simples : si j’ai fait adopter des amendements dont je suis fière, en soutien au crédit d’impôt pour l’agriculture biologique, pour la rénovation des gendarmeries rurales, pour la hausse du Fonds Vert : celui-ci est profondément déséquilibré par la droite sénatoriale, ne permettant pas assez de recettes du fait des niches fiscales des plus grandes entreprises et des plus riches qui ne paient pas leur juste part d’impôt; menaçant nos services publics, l’action pour l’écologie, la dignité des plus vulnérables. 

Et puis je passe sous silence tous les combats pour les forêts, pour l’égalité femmes-hommes, contre la fracture territoriale, pour l’accès aux services publics en ruralité, pour l’égalité des chances de tous les jeunes quelque soit leur code postal, ou pour l’accueil inconditionnel…Ce serait trop long. Et je suis déjà bien trop longue. 

Aussi je termine : Il y a des combats invisibles, que nous menons avec le secret espoir qu’ils soient des graines. Ces combats, ils se mènent à toutes les échelles – de l’Europe à la région, du département à la commune, et partout dans la société civile. Après mon discours, je laisserai la parole à 9 structures drômoises qui tiennent nos campagnes et qui sont autant d’exemples de courage, de cette force d’âme dont je parlais. Et puis dans quelques semaines maintenant, d’autres, peut-être certains parmi vous, continueront de bâtir ici en Drôme des communes vivantes, attractives, et rayonnantes comme nous seuls savons si bien le faire. Et je serai bien évidemment là pour vous y aider, dans chacune de vos communes, qu’elles soient grandes ou petites. Que votre liste soit fin prête, que ce soit la première fois que vous vous lanciez, que vous n’ayiez aucune expérience, que vous soyez le ou la seule à porter vos convictions au village, que vous vous inquiétiez du rythme ou de ne pas savoir gérer : mon message est assez simple : vous n’êtes pas seul-e, car nous sommes ensemble. A toutes ces belles récoltes à venir, je ne peux que souhaiter une météo clémente, à laquelle j’aspire à contribuer là où je suis. 

Je veux dire toute ma gratitude à Clothilde, Perrine, Jérémy, aux stagiaires qui nous ont accompagnés cette année Arthur, et Lancelot qui ont depuis rejoint la table ronde 🙂, pour leur extraordinaire travail et engagement, et sans qui rien de tout cela ne serait possible. Je veux remercier Christian – qui nous a laissé sa part de galette (avec une fève m’a t’il dit) – de m’accompagner dans ces batailles, comme député suppléant, et toutes celles et ceux avec qui nous travaillons au quotidien. 

Chers amis, je vous souhaite une belle année 2026. Qu’elle vous soit douce, sereine, bienveillante et aimante. Qu’elle vous permette de prendre soin de vous, de vos proches, du monde entier autour de vous. Je vous souhaite, à chacune et à chacun, le bonheur, l’amour, l’amitié, l’espérance ! 

Merci infiniment pour ces si jolies années que vous faites passer à ma vie, pour chacune de vos actions qui font de notre Drôme une terre si accueillante, généreuse et belle.

Au soir de Noël, s’est éteint l’un des derniers maquisards, l’un des derniers résistants du Vercors, Daniel Huillier. Il y a des combats invisibles, que l’on mène avec le secret espoir qu’ils soient des graines. Son combat à l’époque, fut bien peu visible. Et pourtant, nous en héritons le plus beau projet politique qui soit, celui de la Liberté, de l’Égalité, de la Fraternité, un horizon émancipateur de joie et de construction qui nous permettra, au-delà des différences et des divisions, d’avoir pour patrie le monde, et pour nation l’humanité.

Je nous souhaite à nous toutes et tous la paix, la capacité à nous parler, à renouer la confiance. D’avoir le courage de le faire. Je nous souhaite toute la force d’âme dont nous aurons besoin. 

Belle et heureuse année à toutes et tous. 

Que vive la paix, 

Que vive la Drôme, 

Et que vive la République

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