Du 14 au 17 mai , des militant-es se mobilisaient à l’occasion de l’événement « On fait pas le pont » sur la plaine de Saint Péray et alentour, pour protester contre un projet routier vieux de 40 ans, destructeur de terres agricoles, de la biodiversité et du climat. Ce à quoi ils et elles ont fait face est une répression jamais vue.
Je le redis ici : construire de nouvelle routes ne « fluidifie » pas le trafic – en vérité toutes les études montrent le contraire. Par l’effet du trafic induit, cette nouvelle route sera à son tour rapidement saturée. Ce qui fluidifie le trafic, ce qui assure que chacun puisse se déplacer où il le souhaite, ce qui permet de ‘désenclaver’ un territoire, c’est un maillage de mobilités différentes qui assure le choix aux usagers : voiture, cycles, train, navettes, transport à la demande, bus, autopartage.
D’ailleurs, construire un nouvel axe routier ne permettra pas à tous ceux qui n’ont aucun moyen de se déplacer de l’avoir : je pense aux jeunes de moins de 17 ans, à nos aîné-es, aux personnes qui n’ont pas les moyens de la voiture individuelle quand tout est fait pour elle seule. Et puis, il y a les autres conséquences : les terres agricoles sur lesquelles on ne pourra plus cultiver à l’heure de l’urgence d’assurer notre souveraineté alimentaire; les conséquences en termes de pollution de l’air, d’émissions carbone, de destruction de milieux, d’artificialisation. On parle d’un département français tous les 10 ans qui est grignoté par le béton, alors que le réseau routier français est déjà le plus étendu d’Europe.
Mais ce qu’il s’est passé ce week-end, au – delà du débat de fond – qui n’a jamais eu lieu sur ce projet – est inédit. Vendredi 15 mai, 5 personnes, qui tenaient une banderole et s’étaient suspendues au-dessus d’un bouchon (sic) au-dessus de l’A7 ont été mises en prison dans les maisons d’arrêt de Corbas-Lyon et de Valence ; 3 sont rentrées chez elles sous contrôle judiciaire. Le jugement de ces 8 personnes aura lieu ce lundi 18 mai à 14h au Tribunal de Valence. C’est la première fois en France que des mesures aussi disproportionnées sont prises à l’encontre d’actions environnementales. Lors des gardes à vues, la reconnaissance faciale a été utilisée pour tenter d’identifier les militant-es, les interrogatoires filmés, la détention provisoire décrétée pour comparution immédiate : des mesures réservées en France aux cas criminels. La disproportion est flagrante. Pour des actions de désobéissance civile, avoir tenu des banderoles et s’être suspendu-es à un pont, la détention provisoire est d’une violence inouïe, une « stratégie de choc carcéral » qui est inacceptable.
Je m’inquiète de ces dérives dangereuses pour le droit à la contestation de projets qui vont à l’encontre de nos objectifs climatiques; et apporte tout mon soutien à ces militant-es qui seront jugé-es le 6 juillet.