Déclaration générale – Projet de loi d’urgence agricole

Je vous cite : « Les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, ne peuvent pas toujours tenir la cadence face à des exploitations bien plus vastes ». 

Une phrase à l’ouverture du salon de l’agriculture, après une loi “d’orientation” agricole, une loi permettant l’épandage de pesticides par drônes, et une loi Duplomb pour réautoriser les néonicotinoïdes; désormais une loi d’urgence, et dans tout cela, une seule et même doctrine : celle de la compétitivité de la ferme France sur les marchés internationaux face à des holdings nourries aux accords de libre-échange, aux engrais russes, aux tourteaux de soja, et aux phytos ; celle du nivellement par le bas, du resserrement des prix, de la course à la compétitivité, de la destruction de toutes les normes environnementales et sanitaires, celle de l’infime minorité face à la grande majorité qui disparaîtra, celle qui monte l’agriculture contre l’écologie, et contre tout le monde d’ailleurs, en réduisant toute démocratie à son sujet.

100 000 agriculteurs ont mis la clef sous la porte depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. 

Tenir la cadence. 

Madame la Ministre, ce que je vois dans la Drôme et partout en France, ce sont les éleveurs qui sont coincés entre la dépendance aux aides, le foncier précaire, et les abattoirs qui ferment. Ce sont les vignerons qui arrachent, les arboriculteurs qui font face aux impacts du changement climatique, les éleveurs laitiers victimes de la surproduction faute de régulation des filières. Ce sont les trésoreries qui sont au plus bas, l’endettement qui s’accroît. Votre loi, pour elles et eux, ne répond en rien aux urgences. 

Ce que je vois, dans la Drôme et ailleurs, ce sont des élus qui déplacent des montagnes pour l’approvisionnement local et bio de leur cantine scolaire, ce sont des agriculteurs qui se diversifient, cherchent des solutions face aux crises, ce sont des éleveurs qui s’installent et ne demandent pas d’anéantir le loup, mais demandent juste à ne pas être seuls pour s’en protéger, ce sont des gens qui veulent vivre en paix avec les habitants de leur commune, des familles qui veulent vivre dignes avec des revenus décents pour un travail qui les rend fières. 

Ces gens-là, ils nous demandent d’assurer leur autonomie, de les aider à structurer et parfois réguler leurs filières, de leur garantir des prix rémunérateurs dans les négociations commerciales, d’anticiper avec eux les effets du changement climatique. 

Alors ici, je veux remercier celles et ceux qui se battent pour un autre destin que la revente par pièces de notre agriculture à des financiers. Je veux remercier les agriculteurs et agricultrices qui s’installent malgré tout, qui ne veulent ni de vos modèles importés d’ailleurs, ni de vos “statuts spéciaux”, qui veulent juste vivre de leur travail. Ils et elles sont la dignité intacte de notre pays, quand vous n’êtes que l’illustration de la collision d’intérêts privés et d’industriels. 

En leur nom, nous avons pu inscrire l’interdiction de l’importation de produits agricoles cultivés avec des substances interdites en France pour des raisons sanitaires ou environnementales, une mesure clé face à la concurrence déloyale. Nous avons pu inscrire l’objectif de 100% de viandes françaises servies dans la restauration collective. Nous avons adopté une mesure garantissant que les “prix planchers” ne puissent être inférieurs aux coûts de production, ce qui est de bon sens, et que cette assemblée avait déjà adopté.

Voilà trois mesures qui répondaient concrètement aux urgences agricoles. Non pas pour “tenir la cadence” mais au contraire pour protéger. Non pas pour déréguler en tous sens en espérant que certains parviennent à tenir le choc, mais pour assurer l’attractivité, et la fierté des métiers agricoles.

“Une grande loi de réconciliation”, l’appelez-vous.

Ce samedi, aux dernières heures d’examen du texte, vous avez fait supprimer, avec le soutien amical des députés Rassemblement National, décidément des bons paillassons macronistes, la seule disposition intéressante de ce projet de loi : les tunnels de prix

Madame la Ministre, j’avais abordé ce texte, avec un sincère espoir qu’il vienne protéger notre marché intérieur des produits qui ne respectent pas nos normes, qu’il assure aux producteurs des revenus dignes, qu’il assure aux enfants de pouvoir se nourrir sainement. 

A la fin, il n’y reste qu’une obsession : celle de détruire l’environnement. Il vous faut un bouc émissaire pour cacher votre inaction. Cette fois-ci, ce sont les tirs de loup dans les réserves naturelles, l’affaiblissement de la protection des zones humides ou des seuils ICPE, la possibilité pour les préfets de s’asseoir sur des décisions de justice, la suppression des objectifs de sobriété et des réunions publiques avant les projets de stockage. C’est tout simplement une folie, moins d’un an après la loi Duplomb elle-même passée en force sans débat, que de constater les recours et les mobilisations citoyennes sur un sujet, et d’y répondre par le passage en force plutôt que par la concertation et l’appropriation collective. 

Vous parlez de réconciliation : vous construisez la défiance. 

Madame la Ministre, ce texte sera sans nul doute adopté aujourd’hui, il sera même empiré au Sénat avec votre ami Duplomb, il ne sera appliqué qu’à moitié car de toute façon on attend encore les décrets des lois précédentes, vous serez tous très fiers mais on aura rien changé et le temps de se retourner on aura encore perdu plusieurs dizaines de milliers d’agriculteurs. 

Alors, de ce sincère espoir que cette loi change quoi que ce soit en bien, comprenez que je n’en n’ai plus. Nous voterons donc contre.

ABONNEZ-VOUSAU JOURNAL DE BORD !

ABONNEZ-VOUSAU JOURNAL DE BORD !

En vous inscrivant, vous recevrez chaque semaine le détail des actions et réalisations de Marie Pochon.

Merci, vous êtes bien inscrit.e !