“Pas de relance du nucléaire sans un vrai débat démocratique”

Published by Clothilde Baudouin on

“Sobriété”

Le mot est posé, et imposé à nous toutes et tous, en cette rentrée 2022. La faute à la guerre aux frontières de l’Europe, à notre dépendance toujours plus forte aux énergies fossiles, à un manque de planification qui laisse encore 5 millions de passoires thermiques à la location. 32 réacteurs sont aujourd’hui à l’arrêt dans le pays, sur 56. Nombre d’entre eux atteignant les quarante années pour lesquels ils ont été bâtis, certains sont en maintenance décennale, d’autres à cause de fissures sur les circuits de secours permettant de refroidir les réacteurs. Alors on importe de l’électricité, on se fige devant des factures d’énergie ahurissantes, on se prépare aux coupures cet hiver. 

Dans cette situation, nous ne pouvons laisser de nouveau notre avenir énergétique s’écrire sans nous. Nous sommes à un point de rupture : crise écologique, hydrique, sanitaire, sociale, démocratique. Tout nous dit que c’est collectivement qu’il faudra aborder les temps à venir, collectivement qu’il faudra bâtir des solutions justes et durables, collectivement qu’il faudra s’assurer de notre sécurité, alimentaire, hydrique, et énergétique. L’avenir du nucléaire en France ne peut pas être décidé par quelques personnes, à la va vite. 

La situation du parc nucléaire français est critique. La chute du niveau de production de cette année est historique mais s’inscrit dans une tendance à la baisse entamée il y a plusieurs années. Les prix augmentent, et de plus en plus de réacteurs sont à l’arrêt, faisant du nucléaire une source d’énergie intermittente. Les conditions de travail, dans un système miné par la sous-traitance, ne sont pas à la hauteur de l’inflation.

Par dessus tout, le parc nucléaire français est vieillissant et le risque d’incident grave ou  d’accident s’accroît avec ces installations vétustes. A la centrale de Tricastin, un lanceur d’alerte ingénieur du nucléaire a déposé plainte cette année pour « mise en danger de la vie d’autrui », « non-déclaration d’incident ou d’accident » avec « risque d’atteinte à la sûreté ». La cuve du réacteur 1 de Tricastin est l’une des plus fissurées de France. En Ukraine, les habitant-es sont terrifié-es devant la possibilité d’une catastrophe. Dans des temps aussi incertains, nous devrons apprendre à vivre avec le risque, nous dit-on. Nous rétorquons que nous voulons être informé-es, débattre, et choisir – en conscience –  du niveau de risque auquel nous sommes prêt-es à consentir pour assurer notre approvisionnement énergétique.  

Dans ce contexte, il devient indispensable de s’informer, de se former, de débattre. 

Alors que sont proposés comme seul horizon des EPR, ceux-là même qui ont pris plus de dix ans de retard à Flamanville avec un coût cinq fois plus élevé qu’annoncé, nous voulons que d’autres options soient aussi débattues. Nous voulons décider de notre avenir énergétique, parce que cela nous concerne, nous, limitrophes de la centrale, usagers de son énergie, bénéficiaires des aides d’EDF ou de ses emplois.

Pourtant, malgré cette situation, les habitant-es à proximité directe de la centrale sont peu, mal, voire pas informé-es. Chaque année, la Commission locale d’information des grands équipements énergétiques du Tricastin (CLIGEET) organise une réunion publique qui concerne les 270 000 habitant-es des 76 communes du Plan particulier d’intervention (PPI), territoire dont le périmètre est de 20km autour de Tricastin. Ces réunions ne rassemblent généralement qu’environ 80 personnes. 

Nous avons l’occasion de faire de la réunion publique annuelle de la CLIGEET, le 27 septembre prochain à 19h à l’ancienne chocolaterie de Donzère, un événement d’échange et de débat démocratique sur un sujet aussi central pour nos territoires et notre avenir. 

Nous appelons ce jour les organisateurs de la réunion à mettre tous les moyens à leur disposition pour que toutes les personnes habitant à proximité de la centrale et se sentant concernées par son avenir, viennent s’y informer et y poser des questions.

Nous appelons également l’ensemble des salarié-es et nos concitoyennes et concitoyens des territoires limitrophes à participer à cette réunion, qui pourra être le point de départ d’une réelle participation citoyenne de longue durée sur l’énergie nucléaire et son déploiement.

Nous, élu-es de la Drôme, d’Ardèche, du Vaucluse et du Gard, voisin-es de la centrale du Tricastin, demandons un véritable débat sur l’avenir énergétique de nos territoires et de notre pays : une refondation démocratique s’impose, et nous y prendrons toute notre part. 

Signataires :

  • Florence Cerbaï, conseillère régionale
  • Guillaume Vermorel, conseiller municipal d’Aubenas
  • Philippe Berrard, maire de Montjoux
  • Marie Pochon, députée de la Drôme
  • Michèle Rivasi, députée européenne
  • Christian Bussat, maire de Dieulefit
  • Olivier Royer, conseiller régional 
  • David Buisson, conseiller régional
  • Maud Grard, conseillère régionale

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